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L’indispensable sursaut

Par Patrick Le Hyaric

vendredi 19 juillet 2013

Saluons l’esprit de service, le dévouement de tous les salariés, agents des services publics, cheminots, policiers, pompiers, médecins, infirmiers, entreprises de déblaiement, agents communaux qui ont travaillé sans relâche après la terrible catastrophe de Bretigny-sur-Orge. Ce dévouement et cette solidarité ne peuvent se mesurer dans les carnets comptables des financiers, des spécialistes de toutes les Cours des comptes du monde et autres perroquets qui dénigrent sans cesse les fonctionnaires et agents de la puissance publique. Sans parler des ministres qui gèlent leurs salaires et qui réduisent leur nombre.

S’agissant de la catastrophe elle-même, le risque zéro n’existera jamais et il convient d’aller au bout de toutes les enquêtes, dans la transparence. Mais l’urgente nécessité de sortir des politiques de réduction des moyens qui affaiblit notre réseau ferroviaire ne date pas du drame de Brétigny. Le gouvernement se doit aujourd’hui de rattraper le manque coupable d’investissements publics pratiqué par une droite arc-boutée sur les économies à réaliser alors que les prix des billets de train n’ont cessé d’augmenter. De même en ce début d’été, plus nombreux seront nos concitoyens privés de vacances ou contraints d’en réduire la durée. Ce sont là des signes de l’appauvrissement d’un plus grand nombre de familles, alors qu’à l’autre pôle de la société, celui des 500 grandes fortunes, on apprend qu’elles roulent de plus en plus sur l’or. Leur patrimoine a augmenté d’un quart. Autrement dit , la crise paupérise le plus grand nombre quand la minorité des détenteurs de grands patrimoines s’engraissent derrière le paravent des discours sur l’austérité nécessaire. Voilà une inacceptable situation qui devrait faire bondir tout humaniste, tout démocrate ! Or que constatons-nous ? Un petit débat politicien en vue des prochaines élections présidentielles qui n’auront lieu que dans quatre ans, à mille lieux des préoccupations quotidiennes des familles populaires. Voici que ce « pauvre » M. Sarkozy et son parti l’UMP, est présenté comme une « victime » à la fois de la commission nationale des comptes de campagne qui a constaté des violations des règles de financement de sa campagne des élections présidentielles et du Conseil constitutionnel qui les a confirmées. Ceux qui crient si fort contre ces décisions ont refusé de répondre aux mises en garde répétées des représentants de ces deux instances. Ces gens se croient tout permis, intouchables, au dessus de leurs propres lois ! Alors qu’ils n’ont jamais hésité à alimenter un climat anti-jeune notamment dans les cités populaires, à réclamer le durcissement des sanctions de la justice à l’égard des jeunes ou des travailleurs, les voici qui piétinent la loi et présentent M. Sarkozy comme un héros anti-système. Son ancien Premier ministre, qui partage pourtant avec lui le même bilan désastreux et le même projet pour l’avenir, lance sa contre-offensive. Quel pitoyable spectacle ! Il serait sans conséquences s’il n’y avait la déception et le mécontentement légitimes que suscite la politique actuelle. La droite espère en profiter pour conquérir des villes aux prochaines municipales, plus de députés européens un mois plus tard, voir réoccuper les ministères et le Palais de l’Elysée. Il ne faut pas laisser faire. La seule manière de répliquer à ce plan est de faire la clarté sur les dangers que recèle un retour de la droite flanquée de l’extrême droite tout en rassemblant le plus grand nombre de citoyens sur l’exigence d’un changement de cap des choix gouvernementaux actuels en termes de lutte contre le chômage et de redressement du pays. Tant que le pouvoir se situera à l’opposé des traditions et des valeurs de la gauche, tant qu’il ne s’attachera pas à réduire les inégalités et qu’il protègera les détenteurs de capitaux, le monde du travail et de la création, celui des chômeurs, des précaires et des retraités seront insécurisés. Les grandes fortunes ne paient pas leurs justes tributs à la solidarité nationale faute d’une vraie réforme fiscale. Les multinationales jouent de « l’optimisation fiscale » tandis que les petites et moyennes entreprises se voient imposer la « maximisation » fiscale. La pression est mise sur le prétendu « coût du travail » pour abaisser relativement les salaires, tandis que rien n’est fait pour abaisser les coûts du capital, c’est-à-dire le poids des dividendes et des frais financiers qui aspirent les richesses des entreprises. Rien n’indique aujourd’hui que le pouvoir va changer de cap. Le ministre Stéphane Le Foll a malheureusement été net : « changer de cap serait une erreur mais je ne dis pas qu’il ne faut rien changer » Quoi ? « Notre discours lui doit changer ». Changer de discours ! Voilà qui va mettre du beurre dans les épinards. De qui se moque-t-on ? Le ministre de l’intérieur Manuel Valls a le 13 Juillet confirmé cette ligne droitière déguisée cette fois derrière le mot « réformisme ». De quel réformisme parle-t-on ? Lors de son intervention du 14 Juillet, le Président de la République a appelé a resserrer les rangs derrière lui sur la base de cette même politique. Elle consiste en fait à faire franchir à la France l’étape qu’ont accompli le Royaume Uni, l’Italie, l’Espagne, la Grèce, l’Allemagne dans le démantèlement des droits sociaux et démocratiques. Ce que le Président de la République avait énoncé il y a peu d’une phrase claire : « Je pense que pour la France, c’est mieux que ce soit la gauche qui fasse cette mutation, qu’elle le fasse par la négociation, dans la justice, sans blesser les plus fragiles, ni les déconsidérer. Les autres l’auraient sans doute fait, mais brutalement ». Dit autrement, nous faisons la même chose que Sarkozy mais plus en douceur. C’est insupportable, pour toute personne, toute électrice et électeur de gauche. En leur nom, nous ne l’acceptons pas. La gauche n’est pas faite pour protéger les rentiers et les puissants. Elle n’est pas faite pour réaliser « en douceur » ce que n’a pas fait la droite. Nous en appelons au sursaut et au débat pour, ensemble, trouver les voies inédites d’un rassemblement populaire suffisamment large, divers et uni pour changer une donne qui conduit le pays et l’Europe dans le mur. La préparation de la Fête de l’Humanité, avec la rencontre dans chaque quartier, dans les entreprises, sur les lieux de vacances, avec ses proches pour discuter en proposant le bon de soutien, permet d’y contribuer. La Fête elle-même doit être un grand moment de retrouvailles de toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans toutes les composantes de la gauche et de l’écologie politique. Qu’elle donne l’impulsion nécessaire à un processus de construction nouveau et elle aura bien rempli son rôle en cette période à maints égards exceptionnelle.

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