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Le Front de Gauche de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) a écrit à la nouvelle ministre

mercredi 27 juin 2012, par République et Socialisme

Le Front de Gauche de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) a écrit à la nouvelle ministre de l’ESR peu après sa nomination et avant le premier tour des élections législatives. Cette lettre étant restée à ce jour sans réponse, nous avons décidé de la rendre publique. La situation dans l’ESR est très fortement dégradée à la suite d’une vague de réformes brutales sous le régime sarkozien. Pour République et Socialisme, le nouveau gouvernement semble n’avoir pris aucunement conscience de la gravité de la situation et se refuse obstinément à donner suite aux appels pressants des acteurs représentatifs du secteur. Après avoir constitué un cabinet ministériel avec une majorité de personnalités compromises dans la politique précédente, le gouvernement donne l’impression d’avoir entièrement cédé à des lobbys étrangers à la représentation majoritaire des personnels, en particulier à travers une conférence des présidents d’université totalement discréditée, et de vouloir poursuivre la politique sarkozienne avec des aménagements mineurs. Persister dans cette voie ne pourra conduire qu’à l’aggravation de la situation et à une crise majeure du secteur.

Madame la Ministre,

Nous, animateurs du Front de gauche Enseignement supérieur et Recherche, signataires de l’Appel joint à la présente lettre, avons l’honneur de vous demander, par la présente, un entretien approfondi relatif aux mesures à prendre dans ces deux domaines et à l’organisation d’Assises y afférentes. Notre demande ne s’inscrit pas dans une démarche de pression, de négociation, ou de marchandage. Nous ne vous présentons aucune demande relative à votre programme.

Cependant, il ne peut vous échapper que, sans l’apport du Front de Gauche, dans la mobilisation, les idées, et le vote du second tour, N. Sarkozy entamerait son second mandat. C’est à ce titre exclusivement que notre démarche prend son sens. Le vote et l’intervention des député(e)s du Groupe du Front de Gauche joueront dans l’avenir proche un rôle important. Plusieurs aspects fondamentaux sollicitent particulièrement notre attention. Nous vous en faisons part et, si vous avez l’obligeance de donner suite à notre demande, nous pourrons les développer en détail :

Cette lettre n’a pas pour objet l’exhaustivité et nous nous en tiendrons à quelques aspects névralgiques.

1) La Communauté universitaire et scientifique a subi des assauts répétés et continus dans le quinquennat qui précède. La nécessité de mesures de réparation est patente. C’est certainement le cas au niveau budgétaire, mais aussi au plan de la démocratie et de la reconstitution d’un tissu scientifique et de formation supérieure national particulièrement malmené. Ceci suppose préalablement un état des lieux sans complaisance, à l’établissement duquel la collectivité académique dans son ensemble doit être conviée. Un plan d’urgence au niveau des moyens budgétaires, de premières mesures de résorption de la précarité sont indispensables. Rétablir dans toutes ses dimensions prospectives la Formation des Maîtres est une nécessité absolue.

2) Le Front de Gauche est fondamentalement attaché à un triple continuum :

a) Continuum entre tous les niveaux de l’enseignement supérieur ; ceci exclut toute coupure administrative et méthodologique entre le niveau L et les autres niveaux. S’il y a urgence en Premier Cycle, cela ne justifierait d’aucune façon la renaissance sous une forme ou sous une autre des Collèges Universitaires. Le processus de Bologne doit faire l’objet d’une évaluation sans concession : il devra être profondément modifié.

b) Continuum territorial : les Régions de notre République sont évidemment contributrices de l’effort national en matière de formation supérieures et partie prenante de programmes de recherche. Mais le Service Public d’enseignement supérieur et de recherche forme un tout et c’est sa cohérence nationale qui a subi les assauts du quinquennat précédent. Cette cohérence est notamment – mais pas uniquement – assurée par un cadrage national des programmes et des diplômes, et par l’existence de grands organismes publics de recherche. Le CNESER, instance par ailleurs bafouée hier, est à juste titre le garant de cette cohérence, mais à lui seul il ne pourrait compenser la menace d’éclatement du Service Public que constitueraient une régionalisation des missions et le transfert des compétences aux régions. Le Front de gauche y est résolument opposé.

c) Continuum entre formation supérieure et recherche.

Les enseignants-chercheurs statutaires ont vocation à exercer les deux principales composantes de leur métier. Ils et elles doivent être mis à même de pouvoir le faire. Ils doivent constituer l’armature de l’enseignement supérieur ; la puissance publique doit leur en donner les moyens budgétaires et intellectuels en les libérant autant que faire se peut de tâches annexes qui alourdissent leur temps de travail. Ces tâches incombent aux personnels d’accompagnement scientifique, qui ont subi, durant le quinquennat précédent, les assauts de la RGPP. Le Front de Gauche s’oppose à sa poursuite et demande à ce que les personnels touchés puissent être rétablis dans leurs missions de service public. Il demande également à ce que la condition des enseignants à temps plein soit améliorée ; il est nécessaire de prévoir des cadres qui permettront, à terme, pour ceux qui le souhaitent, leur intégration comme enseignants-chercheurs, ou à leur choix dans d’autres corps de la fonction publique.

Le parcours doctoral doit faire l’objet d’une Conférence permanente avec l’ensemble des acteurs dans une vision prospective et de mesures immédiates et substantielles d’amélioration.

Le recours à l’emploi précaire dans la Fonction Publique et en particulier pour les carrières scientifiques doit être abandonné.

3) La recherche, selon le discours du Président sortant à la Maison de la Chimie, devait être asservie aux lois du marché, à la spéculation des capitaux.

Un maître mot a été le fondement de cette politique : l’innovation. Le Front de gauche s’oppose radicalement à cette conception, qui, associée à la concurrence de tous contre tous, a considérablement fragilisé notre tissu scientifique, créé un climat délétère dans les équipes et les laboratoires Elle a par contre été l’origine de l’asphyxie du CNRS et d’autres grands Organismes publics de recherche. Le dispositif des Appels d’offres a stérilisé la recherche publique de notre pays. Il faut l’abandonner. Le CIR en revanche a atteint un niveau historique, mais n’a fait l’objet d’aucune évaluation. Une partie substantielle des moyens publics qui lui sont consacrés doivent revenir aux laboratoires et au financement récurrent.

Le Front de Gauche, sans réserve favorable à des coopérations tous azimuts entre différents domaines de la recherche publique et l’ensemble des secteurs de l’activité économique, culturelle et sociale, ne confond pas cette conception progressiste avec l’asservissement de la recherche publique. Celle-ci doit cesser d’être la béquille du capital, retrouver les moyens de son indépendance intellectuelle.

Les IDEX n’ont aucune légitimité. Ces opérations minent le Service Public et créent des structures foncièrement antidémocratiques. On doit arrêter immédiatement les opérations en cours. Pour ceux-ci, comme d’ailleurs pour tous les dispositifs du Grand Emprunt, on doit revoir leur périmètre en permettant toutes les associations et coopérations nécessaires obéissant à une logique scientifique et non à des intérêts financiers et de pouvoir ; on doit revoir de fond en comble l’organisation, y compris la répartition territoriale, et le pilotage en réinvestissant de cette mission les structures démocratiques. On doit rendre au financement public et récurrent toute sa dimension qui permet la mise en commun, la coopération sur une base d’égalité et d’intérêt mutuel, la péréquation des coûts.

Des ruptures profondes sont attendues sur l’ensemble de ces questions avec les choix antérieurs.

4) Compte tenu de l’ensemble de ces éléments, de leur extrême gravité, des conséquences néfastes qu’en tout domaine la politique précédente a implémentées, des changements d’orientation fondamentaux sont nécessaires. Des lois et mesures symboliques du quinquennat précédent, telles que la loi LRU et le Pacte pour la Recherche doivent être abandonnés sans retour. L’AERES, l’ANR ne doivent pas subsister.

Mais en même temps, le Front de Gauche ne saurait être partisan d’un retour, fût-il déguisé, au statu quo ante. La Communauté académique et scientifique dans la diversité de ses sensibilités, de ses disciplines, de ses catégories de personnels et, plus généralement, la collectivité nationale devraient se trouver convoquées à l’exercice d’une contribution législative nationale. Il va de soi que les groupes parlementaires qui ont contribué à l’élection du nouveau Président de la République auraient dans ce processus le rôle d’impulsion et le rôle conclusif, par les délibérations et le vote final. Mais s’agissant d’un domaine où des initiatives autoritaires et désastreuses ont été prises dans le passé, il est plus que jamais nécessaire de faire de la réflexion sur les missions, l’organisation et le champ, un grand exercice citoyen.

Celui-ci passe par une évaluation collective des dégâts provoqués et des mesures immédiates de réparation indispensables.

Il passe par un questionnement non balisé, non biaisé, sans réponses implicitement décrites comme objectifs définis d’avance. Par une feuille de route de problématique initiée par les Groupes parlementaires ayant contribué à l’élection du nouveau Président de la République dont s’inspireraient les instances démocratiques et représentatives que sont le CNESER et le Co NRS, ainsi que le CESE pour permettre la plus large implication sociétale et environnementale. Ces instances lanceront le processus, impulseront le travail de réflexion, collecteront les réponses et en présenteront une possible synthèse ; ces instances pourraient s’adjoindre autant que de besoin les instances régionales correspondantes, le CNU pour les questions de son ressort, l’OPECST pour la part qui peut lui revenir et plus généralement toute contribution de nature à éclairer telle ou telle dimension. De cette façon non seulement le rôle de l’Assemblée Nationale serait rehaussé, mais les diverses composantes de la Communauté académique et scientifique y auraient toute leur place sans que jamais on ne s’écarte de l’objectif majeur que constitue l’élaboration d’une nouvelle loi pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, activités fortement déterminantes pour l’avenir de notre pays et sa place dans le monde.

Tels sont les considérants qui nous incitent à vous demander ce tour d’horizon. Dans l’espoir que vous donnerez une suite favorable, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Olivier GEBUHRER CN PCF resp Nat Ens sup et Recherche

Pierre CHANTELOT resp Nat Ens sup et Recherche PG

Bernard JUSSERAND resp Nat Ens sup et Recherche R et S

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