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Politique générale novembre 2010

mercredi 10 novembre 2010, par jallamion

Nous venons de vivre depuis plusieurs mois un moment de mobilisation exceptionnel dans notre pays, contre la remise en cause de notre régime de retraite, par le Président de la République et son gouvernement

En dépit de son échec apparent, ce mouvement est significatif de deux constats :

- d’une part la mise en cause radicale des conquêtes sociales par le capitalisme financiarisé et multinational et son apparente invincibilité,

- d’autre part, la prise de conscience par une grande majorité au sein du monde du travail, du caractère aussi partisan qu’intolérable de l’injustice sociale érigée en système de pouvoir d’une minorité sur la majorité.

Pour nous, militants politiques, si ce constat est un peu rassurant, il nous donne en même temps la mesure du travail qui reste à accomplir.

En effet, comme pour le référendum pour une constitution européenne, il nous montre que les citoyens ne sont pas dupes du matraquage idéologique du pouvoir et des médias à sa solde.

Au delà, en discutant autour de nous, nous constatons, certes, que la morgue et les excès des membres de la classe dirigeantes et de ses valets directs contribuent largement à cette prise de conscience. Le peuple a bien compris qu’il paye en permanence pour les nantis. Mais il ne fait pas toujours le lien avec les décisions politiques antérieures prises par la droite et le PS, notamment sur l’Europe, dont les mesures actuelles sont les conséquences directes. Nous constatons aussi autour de nous une méconnaissance du caractère mortifère d’un système capitaliste apparemment triomphant, mais dont les contradictions peuvent mener le monde à la catastrophe écologique et sociale.

Or pour favoriser l’émergence de cette prise de conscience indispensable et pour mener la lutte politique, les partis de gauche font preuve d’une impuissance désespérante pour...Billancourt et pour tout ceux, les jeunes en particulier qui entrent dans le cycle de la précarité sinon de la pauvreté.

En l’occurrence et sauf surprise, les dirigeants du Parti Socialiste, ne peuvent constituer aux yeux du peuple une alternance crédible, d’où l’augmentation régulière du taux d’abstention à chaque nouvelle élection. Au mieux ils sont englués dans la gestion et font avec un système dont, malgré leurs protestations, ils admettent le caractère prétendument indépassable, au pire ils acquiescent à sa logique et à son fonctionnement et le défendent et sont dans l’incapacité d’être le moteur de toute véritable alternative.

C’est pourquoi le Front de Gauche nous est apparu comme une stratégie à saisir sur des bases politiques suffisamment souples, mais aussi suffisamment radicales pour s’attaquer résolument aux racines du système, notamment par :

- la dénonciation radicale du système capitaliste à travers son dernier avatar financiarisé, qui déstabilise les politiques économiques et sociales, au nord comme au sud, 
- la dénonciation du traité de Lisbonne remettant en cause les votes français et néerlandais contre le référendum constitutionnel et réduisant à néant, en résumé, le pouvoir politique des citoyens des pays européens au bénéfice du système capitaliste et de sa classe dirigeante.

- la défense et le re-développement des services publics, outil de promotion et de régulation économique et sociale s’il en est.

- La lutte contre les licenciements, la souffrance au travail, pour l’emploi, les salaires, l’amélioration du droit du travail, les conventions collectives, la préservation des prud’hommes

C’est d’abord pour cette raison que nous avons quitté le Mouvement Républicain et Citoyen, dirigé par Jean-Pierre Chevènement, après son refus de venir se joindre à ce front politique avec le Parti Communiste Français, le Parti de Gauche, et la Gauche unitaire.

Notre modeste contribution au Front de Gauche, à l’occasion des élections européennes et régionales n’a pas rencontré chez nos partenaires davantage que l’accueil qu’on réserve à une force d’appoint électoral utile pour se parer d’une fausse image d’ouverture ; elle a même semblé susciter une méfiance aux raisons multiples et non formulées.

Les méfiances internes au sein du Front de Gauche sont compréhensibles. Elles reposent à la fois sur de bonnes et de mauvaises raisons historiques et sur les stratégies personnelles de certains dirigeants.

Pourtant il y a urgence : en face de nous la bourgeoisie, malgré ses contradictions serre les coudes et s’organise de façon plutôt remarquable.

C’est pourquoi les récents événements doivent contribuer à la prise de conscience de la nécessité de proposer un véritable projet aux salariés et précaires de notre pays et de revivifier l’internationalisme. Outre la responsabilité des trois partis fondateurs dans l’élaboration de ce projet, la contribution des autres organisations qui se situent dans une mouvance proche (Alternatifs, FASE, M’PEP, PCOF) ne sont pas à négliger pour mener à bien cette grande tâche. C’est au prix de la proposition d’un programme cohérent, à la fois radical et réaliste que les secteurs les plus progressistes du PS seront amenés à peser en interne ou à nous rejoindre. C’est un défi auquel nous devons répondre sous peine de voir la vie politique de notre pays se réduire au triste spectacle des élections américaines et se généraliser la précarité et la pauvreté.

République et Socialisme est prêt à participer à l’élaboration d’un tel projet. Ses militants n’ont qu’une ambition : contribuer à l’émergence d’une force politique rassemblant des sensibilités et des traditions de gauche différentes, capable de mettre de les faire fructifier pour les citoyens de notre pays mais aussi, par effet d’entraînement, bien au-delà, au sein des pays européens, des pays du sud, en lien notamment avec le large mouvement populaire qui se développe dans les pays d’Amérique latine. Notre apport original à ce front politique repose, en effet sur les deux piliers de la République et du Socialisme.

La République : nous pensons effectivement qu’un pouvoir politique en France doit reposer sur les valeurs et les institutions de notre tradition républicaine, qui contribue encore aujourd’hui dans le monde à donner une image positive de notre pays au sein de la conscience populaire. Liberté, Egalité, Fraternité, mais aussi Laïcité, Services publics, Séparation des pouvoirs, Sécurité Sociale publique, universelle et généralisée, Gratuité de l’enseignement : autant de valeurs et d’institutions mises à mal progressivement depuis plus de quarante ans par la reconquête de la finance et par l’insuffisance de la vigilance populaire.

Il s’agit donc bien aujourd’hui de rendre réellement le pouvoir au peuple, Cela signifie des réformes radicales à commencer par celle de nos institutions, par un rééquilibrage entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire et en en assurant le contrôle le plus directement possible par le peuple.

- Suppression de l’élection du Président de la République au suffrage universel, véritable plébiscite anti-républicain qui empoisonne en permanence la vie et l’action politique de notre pays.

- Poursuite de la réforme du cumul des mandats, accompagné de l’élaboration d’un statut de l’élu pour favoriser l’émergence à tous les échelons de conseillers, de députés et de sénateurs issus du peuple et capables de revenir au sein du peuple à l’issue de leur mandat.

Il s’agit de proposer à nos partenaires européens la révision du traité de Lisbonne dans le sens d’une adhésion à la carte des pays européens dans le cadre d’une Europe à géométrie variable.

En particulier il s’agit de proposer à nos partenaires de la zone euro un véritable gouvernement économique fondé sur la coopération aux antipodes du « chacun pour soi » et du projet de gouvernance économique européenne adopté par le dernier Conseil européen qui vise à constitutionnaliser l’austérité partout en Europe pratiqué jusqu’à présent et dont l’Allemagne nous a donné un récent exemple débouchant sur la crise grecque. Ce gouvernement économique devra constituer un double levier vers l’indépendance politique et économique envers les Etats-Unis d’Amérique et le fer de lance de la lutte anti-spéculative contre le capitalisme financiarisé. En cas de difficultés insurmontables rencontrées dans la redéfinition du système monétaire européen, la sortie de l’euro pourrait être envisagée tant cette fausse monnaie constitue un outil d’asservissement des peuples qui en dépendent.

Le Socialisme : nous n’avons pas renoncé à une conception de la vie économique et sociale reposant sur le double pilier de la puissance publique redevenue républicaine et sur les coopérations décentralisées pour la gestion de larges secteurs aujourd’hui en friche ou bureaucratisés.

Rétablir le plein champ des services publics passe par la renationalisation des secteurs indûment privatisés (Poste, Télécommunications, Transports, Eau et Energie et surtout secteur de la Banque et du crédit) et par le développement de nouveaux services publics comme le logement ou la petite enfance.

Il passe aussi par la revalorisation de l’Education Nationale favorisant à la fois l’acquisition des connaissances indispensables à la citoyenneté et les cultures pratiques aptes à l’acquisition des savoir-faire. Pour ce faire un retour intelligent à la laïcité de certains secteurs, abusivement dévoyés hors de ce champ, devra être mis en oeuvre.

Un système public de santé accessible à tous, sur tout le territoire avec des moyens suffisants pour répondre aux besoins de toute la population où l’hôpital public de proximité est le pivot devra être un de nos objectifs principaux.

De même, une réforme fiscale apparaît indispensable dans le cadre d’un objectif de réduction des inégalités. Outre la suppression du bouclier fiscal liée au maintien de l’Impôt sur la fortune, l’élaboration d’un barême progressif de l’impôt sur le revenu et la refonte des impôts locaux doivent être considérés comme incontournables pour la crédibilité d’une politique menée par un gouvernement réellement de gauche.

Enfin, pour la Sécurité Sociale
- par un retour adapté aux fondamentaux des législateurs du Conseil de la Résistance de 1945 (unité de structure et de législation, généralisation, gestion par les représentants des assurés),
- par un élargissement des risques couverts aux nouveaux besoins de notre société (quatrième âge, formation réellement permanente, etc..)
- par une réforme débattue pour un financement pérenne et équitable des risques couverts, mais restant dans l’esprit de 1945, c’est-à-dire ne remettant en cause ni la répartition, ni la cotisation (salaire socialisé).

P.-S.

Ce texte peu servir de base à un débat au sein de la gauche. N’hésiter pas a nous faire parvenir vos commentaires et contributions

le secrétaire général Lucien Jallamion

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